« J’ai l’impression qu’il y a un secret dans ma famille. » La phrase arrive souvent dès le premier rendez-vous, parfois avant qu’on ait sorti une feuille. Elle mérite d’être prise au sérieux, et prise lentement : l’impression d’un secret dit déjà quelque chose de vrai, puisque quelqu’un, dans la famille, se tait sur un sujet et que ce silence se sent. Ce qu’il recouvre, personne ne le sait encore.
D’où viennent les notions de crypte et de fantôme ?
Des psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok, et en particulier de leur ouvrage « L’Écorce et le Noyau », paru en 1978. Le module 4 du cursus en fait le centre de l’interprétation transgénérationnelle.
Très schématiquement : la crypte se forme chez une personne qui a vécu quelque chose d’indicible, un deuil impossible, une honte qu’elle ne peut pas partager. Elle l’enferme en elle, comme dans un caveau. Le fantôme est ce que cet enfermement produit chez ses descendants : l’enfant perçoit qu’il y a quelque chose, sans en connaître le contenu, et en porte la trace sous forme de malaise ou de répétition.
L’idée est puissante, parce qu’elle explique pourquoi un secret peut agir même quand personne ne le connaît. Elle est exigeante, parce qu’elle ne dit jamais quel est le secret : le fantôme n’est pas une information cachée à retrouver dans un acte, c’est un effet.
Pourquoi un secret est-il presque toujours lié à la honte ?
Parce qu’on cache surtout ce dont on a honte, et que la honte dépend des normes d’une époque. Ce qui se taisait en 1920 ne se tairait plus forcément aujourd’hui.
Le module 4 relie le secret à la honte, puis aux tabous selon les époques. C’est l’un de ses apports les plus utiles en séance, car il invite à replacer chaque silence dans son temps. Une naissance hors mariage, un enfant placé, un internement, une faillite, une condamnation, un divorce dans une famille catholique pratiquante : la liste des hontes ordinaires d’autrefois est longue, et beaucoup paraissent banales aujourd’hui. Le secret, lui, a continué d’agir alors que la honte qui l’avait fait naître n’avait plus cours.
Serge Tisseron, cité dans le cursus, a beaucoup écrit sur la manière dont les secrets se transmettent et sur leurs effets selon qu’ils sont plus ou moins indicibles. Ses livres sont une lecture complémentaire de choix.
Qu’appelle-t-on un enfant de remplacement, ou « gisant » ?
Un enfant conçu ou prénommé après la mort d’un autre enfant ou d’un proche, et qui en occupe la place symbolique. On emploie parfois le mot « gisant » pour désigner cette situation. C’est l’une des configurations qu’on repère le plus facilement sur un géno-sociogramme : un enfant disparu jeune, suivi d’une naissance rapprochée, parfois avec le même prénom ou un prénom très proche. La lecture de l’arbre donne à la personne l’occasion de se demander ce que cette place a représenté pour elle, sans lui imposer de réponse.
Faut-il chercher à découvrir le secret ?
Pas nécessairement, et jamais à la place de la personne. Le travail porte d’abord sur l’effet du silence ; la recherche des faits est un choix qui lui appartient.
Les archives révèlent parfois quelque chose : un acte de naissance « de père inconnu », un registre matricule qui ne colle pas au récit familial, un jugement. Ces découvertes peuvent soulager, et elles touchent parfois des vivants qui n’avaient rien demandé. Avant d’aller chercher, la question utile est : qu’en ferai-je, et à qui en parlerai-je ?
Quelques principes de séance que le cursus vous aide à tenir :
- ne pas suggérer le contenu d’un secret quand rien dans les faits ne le soutient ;
- ne pas pousser la personne à confronter sa famille ou à s’en éloigner ;
- s’appuyer sur des faits et des sources, jamais sur des souvenirs sans support ;
- orienter vers un médecin ou un psychologue si la recherche met la personne en difficulté.
Ce que le cursus en fait
Le module 4 est le plus riche en idées du cursus. Parcourez-le deux fois : la première pour les concepts, la seconde avec votre propre arbre sous les yeux, en notant dans la marge les endroits où un silence vous semble possible. Vous verrez alors que la théorie de la crypte ne sert pas à trouver des secrets : elle sert à prendre les silences au sérieux, sans les remplir trop vite.
Pour construire l’arbre qui rend ce travail possible, lisez faire son arbre psychogénéalogique. Pour l’ensemble des notions et leur place dans le programme, voyez la page des modules 4 et 5.

